
24 janvier 1845,
« Nous sommes à la veille de mon vingt-cinquième anniversaire et mon expression faciale n'a pas changé depuis mes dix-neuf ans. Ceci dit, plus jamais elle ne changera. Je vais vaquer à mes occupations, vieillir et compter les années indéfiniment et mon corps, lui, restera tel qu'il est pour l'éternité. Je suis mitigée entre la joie et la tristesse. Tout laisserait à croire que mon existence est certainement la meilleure dans ce monde, pourtant, par moment, j'arrive à penser que celle des humains l'est plus. L'immortalité m'attend et finalement je me sens envieuse de ceux qui ne verront peut-être pas naître leur petits enfants. N'y-t-il pas plus cruelle que ma personne sur cette terre ? Suis-je trop irrespectueuse pour ne pas me satisfaire de la chance que j'ai ? Avec du recul, cela ne m'étonne que trop peu... »
2 août 1910,
« Je suis à l'aube d'une grande aventure, je ne saurai vous l'expliquer, mais je peux vous l'affirmer, cher Monsieur, qu'il en est ainsi. Croyez moi, plus rien ne m'effraie et encore moins votre regard ardent. Si vous saviez combien de temps il m'a fallu avant d'entrevoir une once de bonheur comme celle-ci... la seule peur que j'ai connu était celle d'une triste femme à l'abandon, effrayée à l'idée d'être ignorante pour l'éternité. Mais vous avez su m'apporter réconfort, chaleur et tendresse, balayant ainsi tout chagrin dans mon coeur meurtrit.
Ô mon bien aimé, recevez tout mon amour je vous en prie, résistez à mes caprices, ne cédez pas à la tentation, pardonnez mon imprudence et chérissez moi jusqu'à la nuit des temps. »
19 octobre 1999,
« Les murs ont des oreilles, rien n'est anodin et rien ne peut être caché éternellement dans ce manoir.
Les morts savent, et bien que cela puisse paraître complètement fou à lier, ils communiquent entre eux, j'en suis persuadée. Lorsqu'un Vanclef a le malheur de rendre l'âme, celle-ci ne disparaît pas réellement. Ne me croyez pas, mais bien que cent ans ce soit écouler depuis la mort de Théodérich je ressens encore sa présence. Il est parmi nous, dans l'ombre. Personne ne s'est dénoncé, le coupable est encore inconnu à ce jour, mais n'ayez crainte, celui-ci sera forcé à avouer sa faute tôt ou tard, ce n'est qu'une question de temps avant l'heure fatidique !
P.-s. : entre nous, Ulrich est l'assassin. Cet homme n'a plus aucune valeur (ceci dit, est-ce qu'il en déjà eu...?), ce n'est qu'une raclure qui ne mérite pas le titre de Maître Vanclef. Quelle tristesse que de savoir que Gildric ne peut pas le décapiter. »
Extraits du journal intime d'Isidore.