

1966, Gildric est âgé de 65 ans lorsque les cendres du corps de sa défunte mère sont retrouvées. Alors que le monde semble s'être arrêté sous ses pieds, ses frères et sœurs, eux, continuent de mener leur vie sans broncher. Hors de question pour lui de rester, ni une ni deux, l'homme attrape une vieille malle qu'il s'empresse de remplir d'habits, vieux livres et parchemins, puis de quoi écrire, et quitte le manoir après avoir embrassé son père.
Dans la foulée, Godefroy s'enferma à double tour dans ses appartements privés. Gildric, quant à lui, déjà loin du manoir ne se doutait pas une seule seconde que ce soir-là serait la dernière fois qu'il voyait son père.
Le voyage qu'il entreprit ne dura pas moins de quarante ans et lorsqu'il remit les pieds au manoir à l'âge de 105 ans, son frère aîné, Ulrich, lui annonça le décès de leur père datant de vingt ans déjà. Une seconde fois... ce fut la seconde fois que son monde manqua de s'écrouler. Lui qui n'avait jamais été violent fit valser sa malle qui s'écrasa contre la porte d'entrée du manoir. Piétinant, il fit quelques tours sur lui même, s'agrippant les cheveux de ses mains devenues moites tant la rage l'animée. Il n'avait rien pu faire pour sauver sa pauvre mère, et maintenant son père l'avait quitté. Perdu dans un flot de sentiments incontrôlables, ses pensées se bousculèrent ; et s'il n'était jamais partit ? S'il était resté aux côtés de son père adoré ? S'il n'avait pas été égoïste ? Et s'il... s'il n'avait pas laissé son père seul avec cet homme qu'était son frère ? Lui, qui n'était autre qu'un fou furieux, un corps sans âme. Confusion, distorsion, tout se mélangeait... amèrement, il redressa son visage, fusillant du regard son frère. C'était lui, tout était de sa faute.
« Je sais que tu n'es pas innocent dans cette histoire Ulrich, sois prudent, les murs ont des oreilles. »