Je ne suis plus que l'ombre de moi-même, une âme déchue et à la dérive


« Bonjour mon amour, j'espère que tu as bien dormi cette nuit encore, aujourd'hui j'entame un nouveau livre après avoir fini l'ancien, et je ne pouvais pas attendre plus longtemps avant de t'écrire. Je ne compte plus le nombre de livres que je t'ai écris, j'en suis peut-être à mon dixième ? Onzième ? J'en sais rien, et j'en ai tellement rien à foutre si tu savais. Je sais juste que tu me manques, et que tu manques à Svetlana. Les jours et les mois sont longs sans toi, si je ne peux plus te serrer dans mes bras, qu'est-ce que j'aurai aimé tenir une arme entre mes mains et crever sur le front, au moins là-bas, j'aurai été loin de toute cette vérité. Je me répète sans cesse, je le sais, mais... je ne peux pas faire autrement, j'ai besoin de me sentir relié à toi encore, j'ai besoin de croire que tout ceci n'était pas un mirage. J'ai besoin que tu saches que si je suis encore en vie c'est parce que je sais que c'était ta dernière volonté, mais que si ça ne tenait qu'à moi je me serai déjà flingué le crâne. Et tu le sais, de toute évidence, personne d'autre sur cette terre ne me connaissait mieux que toi. La Russie me manque aussi... tu sais, j'ai déménagé en Californie il y a trois mois, je crois te l'avoir dis, je ne sais plus trop. Bref, la Russie me manque mais franchement, c'était bien trop dur, je ne supportais plus de voir ma mère en larmes et mon père alcoolisé jusqu'à la moelle. Tu as toujours rêvé de partir en Amérique, je sais combien la Californie te faisait rêver, et puis j'avais besoin d'air. Mais la Russie me manque, oui. Plus que je ne l'aurai imaginé. Près de chez moi j'ai trouvé un parc un peu en retrait, tu l'aurais adoré, il est très fleuri et vraiment calme. Lorsque j'ai besoin de m'évader, c'est là que je me réfugie. Svetlana adore venir avec moi, elle en profite pour cueillir des fleurs et jouer dans l'aire de jeux. Elle te ressemble tellement... ses cheveux blonds, ses yeux bleus... Frida, s'il te plaît, je prie pour que cet enfant ne te ressemble pas plus lorsqu'elle grandira, je prie de tout mon être pour qu'elle soit comme moi, et qu'elle n'ait pas ta douceur, ta voix, ta patience... je prie si fort pour qu'elle soit différente de toi, sinon je serai en colère contre elle le restant de ma vie, et je ne veux pas lui infliger cette douleur. »


« (...) Ce parc est finalement devenu mon repère, je passe mes journées là-bas. Le mois de février vient de commencer, il fait si froid ici, et ne pas avoir chaud l'espace d'un instant libère mon esprit, je dois être le seul taré à ne sortir qu'avec un blouson sur le dos, mais je t'assure, sentir cette brise sur ma peau brûlante apaise mes pensées torturées. Et puis... j'ai rencontré une fille, je ne sais même pas comment elle s'appelle ni de quelle couleur sont ses yeux, je ne lui ai jamais parlé à vrai dire. Je sais juste qu'elle est blonde et qu'elle a le même blond que toi, un blond blé, un blond doré. Et aussi, je suis presque certain qu'elle utilise le même shampoing que tu utilisais, à la camomille, tu te souviens ? Une année s'est écoulée depuis que tu es parti, et avant cela, je ne t'avais pas vu durant deux ans... cela fait donc trois ans que je ne t'ai pas serré dans mes bras et que je n'ai pas humé l'odeur de tes cheveux, et pourtant, je ne l'ai pas oublié. Dis moi, Frida, serais-tu fâché contre moi si je venais à tomber amoureux d'une autre femme ? Me pardonnerais-tu de te tourner le dos ? En réalité, j'ai si peur... j'ai si peur d'aimer à nouveau, de me confier à nouveau, d'éprouver des sentiments à nouveau. Mais par-dessus tout, j'ai si peur de t'oublier définitivement. Je me souviens encore du goût de tes lèvres contre les miennes, du touché délicat de tes doigts contre ma peau, de ton regard océan à en perdre raison, je me souviens de tout, et si... si je tombe amoureux d'une autre femme, toutes ces choses dont tu as toujours eut l'exclusivité, du début jusqu'à la fin, vais-je les oublier ? Si seulement tu pouvais me répondre, si seulement pour une fois, tu pouvais... »

