

Personne ne s'y attendait, pas même ses parents. En vérité, le village dans lequel Youri avait grandi n'était pas bien grand, tout le monde se connaissait ; les enfants jouaient entre eux dans la forêt, les hommes se retrouvaient le soir au bar, et les femmes se promenaient entre elles au parc. Il ne faisait pas plus de chose avec les autres qu'il n'en faisait avec elle, alors comment le deviner ? Si ce n'est en l'apprenant par la bouche du premier concerné... Amie d'enfance, confidente à ses heures perdues, camarade de classe, à elle seule, elle comblait chaque vide en lui. Elle était son joyau, son trésor, son âme sœur. Et lui-même n'aurait su l'avouer mais depuis des années il était éperdument amoureux de ses cheveux blonds, de ses yeux bleus, de sa peau laiteuse, de ses doigts fuselés, de son sourire radieux, du son de sa douce voix, de son visage angélique.
Elle était particulière à ses yeux, il s'était confié à elle, plus qu'il ne l'aurait imaginé, et alors qu'il n'avait même pas quinze ans, il lui avait fait part de ses secrets, de ses envies, de ses rêves. Tel un livre ouvert, elle pouvait lire en lui. Et tel un garçon en manque d'affection, il lui avait ouvert son cœur. Si ses parents n'étaient pas au courant de son envie de s'engager dans l'armée, elle, elle le savait. Et bien évidemment, elle l'avait soutenu. Elle ne s'était jamais détournée de lui, et bien que cette nouvelle semblait l'inquiéter, elle avait confiance en lui et savait qu'il reviendrait dans ses bras, quoiqu'il arrive. Alors, c'est complice avec lui dans son secret qu'elle s'engagea dans un amour passionnel, caché aux yeux de tous. Contrairement à ses parents, elle n'avait jamais été égoïste et la seule chose qui importait à ses yeux était qu'il soit heureux.
Frida Gregorovitch et Youri Stroganov


il n'y avait aucun secret entre ces deux-là, le mot clé de leur relation était très certainement communication. Elle se livrait à lui, il se livrait à elle. Rien ne pouvait être mieux. Ils n'espéraient pas plus. Et lorsqu'il lui annonça avoir tout déballé à ses parents à propos de ses véritables intentions et que, à son plus grand étonnement, son père l'avait soutenu au point de l'inscrire dans une école militaire, bien qu'elle était heureuse qu'il réalise enfin son rêve, elle sentit un pincement au cœur, et trahit par son regard, ce détail n'avait pas échappé à Youri. Un instant, il avait pensé à se résigner, tout abandonner pour elle, mais... serait-il heureux ? Il était incapable de choisir entre Frida et l'armée, et elle le savait. Ravalant ses larmes, et l'empêchant de faire un choix qui l'aurait détruit, ce fut elle qui se résigna et accepta le fait que dans deux mois il partirait pour une durée indéterminée.
Please, Frida, wait for me. I will come back. Always, i will come back.


Il avait toujours aimé l'odeur de ses cheveux, Frida utilisait un shampoing à la camomille, et durant des heures, il aurait pu se délecter de cette odeur si enivrante. Lui, sentait un mélange de parfum croisé avec un peu de tabac froid. Très rapidement, il avait prit cette fâcheuse habitude de fumer, enrôlé par ses confrères à l'école militaire, il voulait jouer au grand, à celui qui était le plus fort. Mais, si douce et compréhensive, comme toujours, elle s'était habituée à cette odeur qui finalement faisait de lui ce qu'il était, qu'il avait toujours été et qu'il était devenu en s'engageant. Rien n'aurait pu faner cet amour si pur, pas même les semaines, les mois, qu'ils passaient loin l'un de l'autre. Et lorsqu'il flanchait presque à l'école, lorsqu'elle lui manquait au point de sentir son cœur se resserrer dans sa poitrine, il fouillait dans le tiroir de sa table de nuit pour en sortir une photo de Frida qu'il conservait précieusement, à l'abris des regards indiscrets. Nombre des garçons avec qui il partageait sa chambre dans son dortoir n'étaient pas en couple, au contraire, la plupart d'entre eux n'avaient pas eut de relation depuis longue date, et le moindre bout de peau d'une femme les excitaient à ne plus en pouvoir, et s'il y avait bien quelque chose que Youri détestait, c'était qu'un autre homme observe Frida avec un tel regard obscène que l'on pourrait presque croire qu'il la déshabillait du regard sur le champs. Rien que d'y penser, il sentait ses veines bouillir.


S'il n'avait jamais eut besoin de la courtiser, elle qui s'était abandonnée à lui dès leur plus jeune âge, il n'en restait pas moins attentionné. Pendant longtemps ses parents avaient été une prison à ses yeux, mais jamais il n'avait pu leur reprocher d'être aimant, il avait été élevé dans leurs mirages, mais en rien il n'avait manqué d'amour, et ses parents eux-mêmes, entre eux, s'étaient aimés. Dans le meilleur comme dans le pire, qu'ils avaient juré devant Dieu. Et c'est sans compter que l'été de leurs vingt ans, après un dîner aux chandelles, il s'était agenouillé à ses pieds et lui demanda de l'épouser. Voilà cinq ans déjà qu'ils étaient en couple, cinq ans qu'elle supportait ses états d'âme, l'attendait inlassablement et l'encourageait à persister dans sa profession bien qu'elle était dangereuse. Elle avait été la première à croire en lui, et malgré les années, elle ne lui avait pas tourné le dos. Elle était sa raison d'être, sa joie de vivre, sa force inépuisable et celle qui faisait battre son cœur de pierre. Rien ni personne ne saurait les séparer, son amour pour elle était indéniable et son choix était catégorique ; il voulait vieillir à ses côtés.


